Guillaume tell : résistant et citoyen du monde
Alfred Berchtold
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Un nom si bref et si vibrant qu'il se fixe dans la mémoire comme la
flèche dans la cible. Une apparition - à l'automne du Moyen Âge -,
ou plutôt la fixation soudaine d'une image jusque-là errante. Un
thème à la fois local et universel, bien plus complexe qu'il n'apparaît
au premier regard. Une aventure poursuivie sur un demi-millénaire,
portée par les poètes, les artistes, les hôtes de la Suisse, accueillie
par les nations, diffusée au-delà des Océans, en dépit des perplexités,
des réserves des érudits. Une méditation cent fois reprise sur
l'imbrication des thèmes de la violence et de la liberté.
Voilà ce que voudrait montrer ce livre qui propose aux lecteurs bien
des itinéraires, européens d'abord mais aussi intercontinentaux, de
Turquie en Chine et au Japon, des États-Unis au Paraguay, des Philippines
à Cuba. Plaisir d'entendre s'exprimer à propos de Tell des
hommes aussi différents que Chateaubriand et Victor Hugo, Ruskin
et Petöfi, Tartarin de Tarascon et Mark Twain, Mazzini et Engels,
Bakounine et Clemenceau, voire Trotzki, sans parler des champions
de la Révolution française et, bien sûr, du poète au rôle déterminant,
Friedrich Schiller, mis sur la piste par Goethe. L'apologie est
sans cesse confrontée aux propos critiques et les voix du monde
n'empêchent pas le débat interhelvétique de se poursuivre d'une
génération à l'autre.
«Naissance d'une nation», dira la
légende. Et les générations se
relaieront pour relater un des rares
événements exemplaires à tout
jamais. «The best known story in
the world», affirme à son propos la
publicité d'un film américain en
1924. «Illusion d'optique, grossier
anachronisme, manipulation, invention
cousue de fil blanc, utilisation
indue d'un vagabond venu d'on ne
sait où !» s'esclafferont ou s'indigneront
ceux qui savent, ceux à
qui «on ne la fait pas». Cependant
que d'autres, plus modérés
dans la forme mais aussi catégoriques
sur le fond, suggéreront
doucement : «Reconsidérez votre
tableau ! N'oubliez pas qu'il s'agit
d'un décor de théâtre et que toute
cette aventure est essentiellement
théâtrale !» Peut-être, mais reconnaissons
alors que le tréteau de
place de village s'élargit aux
dimensions du grand théâtre du
monde. Le Tell de Hans Erni,
qui a tenu le maquis, dialogue
avec la statue de la Liberté de
New York.
Car cette histoire toute simple,
apparemment simplette, se révélera
de siècle en siècle pleine de
sens, de force, et porteuse, pour
d'innombrables êtres opprimés ou
menacés, d'une formidable espérance.
C'est qu'elle signifie beaucoup
plus qu'elle ne dit, et se
charge curieusement des peines,
des angoisses, des problèmes
particuliers à chaque siècle sinon
à chaque nation.
«Connu, trop connu, inconnu, méconnu», Tell, le plus célèbre, le plus encensé et le plus
malmené des Suisses, sort brusquement de l'ombre au dernier quart du XVe siècle, pour
apparaître tour à tour dans un recueil de documents, un chant, une chronique imprimée, un jeu
scénique. Il s'impose à toute une région, à tout un pays et franchit bientôt les frontières
confessionnelles, territoriales, linguistiques.
A la fin du XVIIIe siècle, des hommes l'ont cité, discuté, invoqué au-delà même de ce
continent, dans l'empire des tsars comme aux jeunes Etats-Unis.
Héros de la liberté, symbole de la résistance à la tyrannie - éprouvé comme Abraham,
poussé à tuer comme Brutus - il inspire peintres, poètes, auteurs dramatiques. Son origine
incertaine, les précédents troublants d'«ancêtres» nordiques, la distance entre le temps de ses
exploits et les premiers témoignages le concernant éveillent - de Voltaire à Gibbon - la
méfiance critique. Des historiens tour à tour s'enflamment, se tâtent et se cabrent. Mais la
Révolution française d'abord et surtout le poète allemand Friedrich Schiller l'ayant adopté, sa
marche à travers les nations ne se laisse pas arrêter. Déjà le Guillaume Tell posthume du
fabuliste français Florian (1801) devait connaître des traductions en russe, en allemand, en
italien, en anglais (au moins treize éditions aux Etats-Unis), en roumain et en grec.
Capitale, dans la carrière de Telle (à certains égards un fils des planches), la date du 17
mars 1804, où fut créé à Weimar le drame qui porte (à tous les sens du terme) son nom. Ici
surtout les traductions se succèdent - comme les représentations -, relayées par les accords de
Rossini. Et les séjours en Suisse, tôt pratiqués, de touristes et d'exilés, de faire le reste. Quel
florilège de textes, de Goethe à Chateaubriand, de Victor Hugo et de Lamartine à Tartarin de
Tarascon et Clemenceau, de Ruskin à Mark Twain, de Keats au Hongrois Petöfi (qui fut Tell
dans une vie antérieure !).
Invoqué comme précédent par les anarchistes (Bakounine !), Tell provoque des réserves
expresses de la part des marxistes, de Friedrich Engels à Bertolt Brecht. En Suisse même,
combien a-t-il inspiré d'artistes (de Füssli à Hodler, de Hans Erni à Luginbühl), de romancier
et d'essayistes (de Gotthelf et Keller à Walser) et d'auteurs dramatiques (de René Morax à
Fernand Chavannes)... Cependant que Salvador Dali règle par son truchement ses compte
avec son père.
Jalonnant l'histoire helvétique, on entend l'appel au héros rassembleur aux heures de
grave péril et de fortes commotions ; mais on assiste aussi - et de plus en plus - à sa mise en
question, au piquet, voire au rancart, par nombre d'intellectuels, au nom de la probité
scientifique comme d'un civisme critique dénonçant un trop long mésusage d'un symbole
devenu cliché. Témoin le Guillaume Tell pour les écoles de Max Frisch. Révolte aussi, dès
1968, du fils de Tell (trop longtemps mis en joue) d'un continent à l'autre.
Car Tell, répétons-le, a franchi les mers. L'étude de ses périples n'est pas moins
intéressante en Turquie, aux Philippines, au Japon ou en Chine qu'aux Etats-Unis ou au
Paraguay. Et voici qu'on perçoit des échos africains...
On l'a dit : un mythe est insubmersible. Condamné, oublié, ou englouti, il refait surface,
tel un phoque, là où on ne l'attendait pas. Il peut suffire - comme on l'a vu lors de la chute du
Mur de Berlin - de la rencontre d'un Evénement et d'une mise en scène inspirée.
Voilà de quoi - entre autres - traite cet ouvrage, qui n'oublie pas, même au pied du Fuji-Yama,
l'impact du paysage alpestre et lacustre des Quatre-Cantons.
A votre disposition pour des illustrations ou pour un contact avec l'auteur (notice
biographique au dos et dans le rabat). Avec mes salutations les plus cordiales.
Marlyse Pietri
| 381 |
| 9782881825194 |
| 2005 |
| 506 |
| Broché |
Un nom si bref et si vibrant qu'il se fixe dans la mémoire comme la
flèche dans la cible. Une apparition - à l'automne du Moyen Âge -,
ou plutôt la fixation soudaine d'une image jusque-là errante. Un
thème à la fois local et universel, bien plus complexe qu'il n'apparaît
au premier regard. Une aventure poursuivie sur un demi-millénaire,
portée par les poètes, les artistes, les hôtes de la Suisse, accueillie
par les nations, diffusée au-delà des Océans, en dépit des perplexités,
des réserves des érudits. Une méditation cent fois reprise sur
l'imbrication des thèmes de la violence et de la liberté.
Voilà ce que voudrait montrer ce livre qui propose aux lecteurs bien
des itinéraires, européens d'abord mais aussi intercontinentaux, de
Turquie en Chine et au Japon, des États-Unis au Paraguay, des Philippines
à Cuba. Plaisir d'entendre s'exprimer à propos de Tell des
hommes aussi différents que Chateaubriand et Victor Hugo, Ruskin
et Petöfi, Tartarin de Tarascon et Mark Twain, Mazzini et Engels,
Bakounine et Clemenceau, voire Trotzki, sans parler des champions
de la Révolution française et, bien sûr, du poète au rôle déterminant,
Friedrich Schiller, mis sur la piste par Goethe. L'apologie est
sans cesse confrontée aux propos critiques et les voix du monde
n'empêchent pas le débat interhelvétique de se poursuivre d'une
génération à l'autre.
«Naissance d'une nation», dira la
légende. Et les générations se
relaieront pour relater un des rares
événements exemplaires à tout
jamais. «The best known story in
the world», affirme à son propos la
publicité d'un film américain en
1924. «Illusion d'optique, grossier
anachronisme, manipulation, invention
cousue de fil blanc, utilisation
indue d'un vagabond venu d'on ne
sait où !» s'esclafferont ou s'indigneront
ceux qui savent, ceux à
qui «on ne la fait pas». Cependant
que d'autres, plus modérés
dans la forme mais aussi catégoriques
sur le fond, suggéreront
doucement : «Reconsidérez votre
tableau ! N'oubliez pas qu'il s'agit
d'un décor de théâtre et que toute
cette aventure est essentiellement
théâtrale !» Peut-être, mais reconnaissons
alors que le tréteau de
place de village s'élargit aux
dimensions du grand théâtre du
monde. Le Tell de Hans Erni,
qui a tenu le maquis, dialogue
avec la statue de la Liberté de
New York.
Car cette histoire toute simple,
apparemment simplette, se révélera
de siècle en siècle pleine de
sens, de force, et porteuse, pour
d'innombrables êtres opprimés ou
menacés, d'une formidable espérance.
C'est qu'elle signifie beaucoup
plus qu'elle ne dit, et se
charge curieusement des peines,
des angoisses, des problèmes
particuliers à chaque siècle sinon
à chaque nation.
«Connu, trop connu, inconnu, méconnu», Tell, le plus célèbre, le plus encensé et le plus
malmené des Suisses, sort brusquement de l'ombre au dernier quart du XVe siècle, pour
apparaître tour à tour dans un recueil de documents, un chant, une chronique imprimée, un jeu
scénique. Il s'impose à toute une région, à tout un pays et franchit bientôt les frontières
confessionnelles, territoriales, linguistiques.
A la fin du XVIIIe siècle, des hommes l'ont cité, discuté, invoqué au-delà même de ce
continent, dans l'empire des tsars comme aux jeunes Etats-Unis.
Héros de la liberté, symbole de la résistance à la tyrannie - éprouvé comme Abraham,
poussé à tuer comme Brutus - il inspire peintres, poètes, auteurs dramatiques. Son origine
incertaine, les précédents troublants d'«ancêtres» nordiques, la distance entre le temps de ses
exploits et les premiers témoignages le concernant éveillent - de Voltaire à Gibbon - la
méfiance critique. Des historiens tour à tour s'enflamment, se tâtent et se cabrent. Mais la
Révolution française d'abord et surtout le poète allemand Friedrich Schiller l'ayant adopté, sa
marche à travers les nations ne se laisse pas arrêter. Déjà le Guillaume Tell posthume du
fabuliste français Florian (1801) devait connaître des traductions en russe, en allemand, en
italien, en anglais (au moins treize éditions aux Etats-Unis), en roumain et en grec.
Capitale, dans la carrière de Telle (à certains égards un fils des planches), la date du 17
mars 1804, où fut créé à Weimar le drame qui porte (à tous les sens du terme) son nom. Ici
surtout les traductions se succèdent - comme les représentations -, relayées par les accords de
Rossini. Et les séjours en Suisse, tôt pratiqués, de touristes et d'exilés, de faire le reste. Quel
florilège de textes, de Goethe à Chateaubriand, de Victor Hugo et de Lamartine à Tartarin de
Tarascon et Clemenceau, de Ruskin à Mark Twain, de Keats au Hongrois Petöfi (qui fut Tell
dans une vie antérieure !).
Invoqué comme précédent par les anarchistes (Bakounine !), Tell provoque des réserves
expresses de la part des marxistes, de Friedrich Engels à Bertolt Brecht. En Suisse même,
combien a-t-il inspiré d'artistes (de Füssli à Hodler, de Hans Erni à Luginbühl), de romancier
et d'essayistes (de Gotthelf et Keller à Walser) et d'auteurs dramatiques (de René Morax à
Fernand Chavannes)... Cependant que Salvador Dali règle par son truchement ses compte
avec son père.
Jalonnant l'histoire helvétique, on entend l'appel au héros rassembleur aux heures de
grave péril et de fortes commotions ; mais on assiste aussi - et de plus en plus - à sa mise en
question, au piquet, voire au rancart, par nombre d'intellectuels, au nom de la probité
scientifique comme d'un civisme critique dénonçant un trop long mésusage d'un symbole
devenu cliché. Témoin le Guillaume Tell pour les écoles de Max Frisch. Révolte aussi, dès
1968, du fils de Tell (trop longtemps mis en joue) d'un continent à l'autre.
Car Tell, répétons-le, a franchi les mers. L'étude de ses périples n'est pas moins
intéressante en Turquie, aux Philippines, au Japon ou en Chine qu'aux Etats-Unis ou au
Paraguay. Et voici qu'on perçoit des échos africains...
On l'a dit : un mythe est insubmersible. Condamné, oublié, ou englouti, il refait surface,
tel un phoque, là où on ne l'attendait pas. Il peut suffire - comme on l'a vu lors de la chute du
Mur de Berlin - de la rencontre d'un Evénement et d'une mise en scène inspirée.
Voilà de quoi - entre autres - traite cet ouvrage, qui n'oublie pas, même au pied du Fuji-Yama,
l'impact du paysage alpestre et lacustre des Quatre-Cantons.
A votre disposition pour des illustrations ou pour un contact avec l'auteur (notice
biographique au dos et dans le rabat). Avec mes salutations les plus cordiales.
Marlyse Pietri
| Edition | Zoé |
| Dimensions (L x H x E, cm) | 17 X 24 X 2.6 |
| Auteur | Alfred Berchtold |
| Nombre de pages | 381 |
| ISBN | 9782881825194 |
| Date de publication | 2005 |
| Poids (g) | 506 |
| Reliure | Broché |
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